Je vais écrire quelques billets sur le thème « musique et informatique ». J'ai plusieurs choses à dire (et à demander) sur la musique dans les jeux vidéo (comment la rendre interactive, etc.). Ce premier billet va donc me servir d'introduction et d'historique.

Un peu d'histoire...

C'est avec l'Amiga que la musique assistée par ordinateur a pris son essor, en même temps que le reste de la demo scene. Le principe de base est très simple : le logiciel (appelé « tracker ») est composé de 4 pistes (ou canaux, ou channels). Sur chaque piste, des sons (samples) peuvent être joués. En faisant varier la fréquence de ces sons, on obtient différentes notes. Au départ, les sons étaient très simples : formes sinusoïdales, carrés, triangulaires... Les samples étaient stockés dans le même fichier que la partition, cela permettait d'avoir le même rendu sur toutes les machines (par opposition au format midi). Ces musiques, au format .mod (puis .s3m, .it, .xm...) pouvaient durer plusieurs minutes et tenir sur quelques kilo octets.

Les années 90 ont été marquées par la demo scene. La grande majorité des jeux de l'époque utilisaient aussi ce format. Progressivement, les trackers supportent 8 (Octamed), 16, puis en 1994, 32 channels avec FastTracker 2, qui devient un immense succès. Les contraintes de place diminuant, les sons (au format wave, en 8bit) deviennent plus riches et simulent de vrais instruments. FT2 possède aussi une cinquantaine d'effets sur le sons (vibrato, volume, panning, portamento...) ainsi qu'un contrôle des sons avec des enveloppes.

Les années 2000 permettent l'utilisation généralisée de sons en 16 bits (ou plus). Les contraintes sur la place ou le nombre de canaux ont quasiment disparu. La qualité du son rivalise maintenant avec la musique professionnelle. De plus, les sons wave sont progressivement remplacés par des générateurs : ce sont les VST (des bibliothèques dynamiques au format dll, qui génèrent ou transforment les sons). Les bibliothèques de sons sont devenues courantes : il est possible de simuler un véritable orchestre, à condition de payer le logiciel plusieurs centaines d'euros.

Du fait de l'utilisation de bibliothèques extérieures, de retouches sonores sur la musique finale, des instruments de plus en plus gros, le format tracker a presque disparu : il est beaucoup plus simple de distribuer un fichier encodé en mp3 ou ogg. Ça prend souvent moins de place et on a la garantie qu'il sera joué partout de la même façon.

Cependant, même si des logiciels comme Cubase sont courants dans le monde professionnel, certains gagnent leur vie en composant la musique avec un tracker. Citons entre autres Modplug Tracker (un logiciel libre), MadTracker et Renoise.

Pour ceux que ça intéresse, je recommande vivement la lecture de l'interview d'Audiomonster (attention, c'est un peu long). Il vient de la demo scene, a été recruté par hasard chez Delphine Software, a composé la musique de Flashback. Aujourd'hui, il utilise toujours, et de manière professionnelle, Modplug Tracker. Pour les amateurs, je recommande aussi la web radio Nectarine, qui diffuse en permanence de la musique de la demoscene.